Espèces

L’aspe sous toutes ses coutures

JérômeLe 27 septembre 2023

Connu en Amérique comme le “tarpon du pauvre” (“the poor man’s tarpon”) et très apprécié des scandinaves (merci de l’appeler ASP quand vous pêchez là-bas, tout simplement…) et dans des pays comme la Hongrie ou la Roumanie où il est traditionnellement péché à la mouche, ce poisson rencontre un succès grandissant en Europe du sud depuis quelques années. Focus sur cette star en ascension constante.

Un peu de bio…

L’aspe, Leuciscus aspius, est une espèce d’eau douce appartenant à la famille des cyprinidés, mais si la perche est une lointaine cousine, ce poisson fourrage colossal ne figurera jamais à son menu, à moins qu’elle n’ait la chance de le croiser sous sa forme alevine.

Capable d’atteindre des dimensions plus que respectables, allant jusqu’à un mètre pour 12 kilos, l’aspe rappelle un peu le chevesne voir l’ablette dans ses formes longilignes et oblongues, mais une ablette sous stéroïdes ayant grandi en combattant les forts courants d’une rivière virile, comme en attestent ses nageoires pectorale anormalement longues et puissantes lui permettant de se stabiliser dans des courants intenses.

La comparaison s’arrête là, l’ablette étant le proie favorite de ce carnassier argenté qui en a fait sa spécialité, en plus de se nourrir de petites vandoises, gardons et éperlans.

Un vrai petit baroudeur avec sa sous-occlusion proéminente…

Pur produit d’Europe centrale et orientale, il est présent de manière autochtone depuis les Balkans et le bassin du Danube au sud, jusqu’au bassin de la mer Baltique au nord (Scandinavie, Finlande, Pologne, etc), à l’ouest jusqu’au bassin de l’Elbe et à l’est jusqu’à l’Oural.

Poisson robuste et spartiate par nature, il est capable d’évoluer dans des plages de températures situées entre 4 et 20° et on le retrouve dans des profondeurs allant jusqu’à 10m. En France, on recense sa présence dans les eaux du Rhin dès les années 70, puis il colonisera des fleuves tels que la Loire ou la Seine plus tardivement, probablement après introduction sauvage par des pêcheurs désireux de le voir dans ces cours d’eau.

L’aspe est un des rares cyprinidés piscivore.

Bien que leur chair soit appréciée pour son goût, l’aspe n’est pas vraiment un poisson de pêche vivrière en raison de ses très nombreuses arrêtes. Il s’agit donc d’un poisson peu prélevé de manière générale.

Bon à savoir : l’aspe n’est pas une espèce en danger mais reste malgré tout considérée comme fragile et sous la protection de directives européennes pour l’habitat et les espèces.

Plus musclé que la plupart des “poissons fourrage”, ce blanc inspire donc le respect par sa taille et son opportunisme de carnassier blanchouillard qui saura gober de l’alevin et des poissons blancs jusqu’à 10cm dans de formidables chasses. Faisant partie du club très fermé des cyprinidés piscivores et malgré une sous-occlusion de très grande taille, l’aspe ne possède presque pas de dents, instruments utiles lorsque l’on veut tâter du fourrage de manière plus… professionnelle.
Malgré cet handicap qui lui confère une place à part chez les carnassiers, l’aspe est capable de s’attaquer à des proies de belle taille et peut même aller jusqu’à croquer de petits oiseaux aquatiques qu’il gobera en entier pour les broyer avec son os pharyngien !

Excellent grimpeur de rivière n’ayant rien à envier aux salmonidés sauf peut-être pour leurs sauts majestueux, l’aspe remonte les courants courant Avril-Mai pour entrer en période de fraie. Celle-ci est particulièrement favorisée lorsque la température commence à dépasser 6 ° C. Fidèle à sa réputation de baroudeur, l’aspe se reproduit dans des eaux agitées et propres, souvent recouvertes de mousse d’eau; il atteint sa maturité sexuelle vers 3 à 5 ans, pour des fraies d’une durée de 2 semaines environ.

Le record IGFA actuel qui date d’Avril 2018, est détenu par l’italien Giovanni Stanzione qui a capturé un spécimen de 10.34 kilos (22-pound 12-ounce)…

Comment le pêcher

Ce n’est pas un secret : l’aspe est un poisson extrêmement combattif, capable de touches puissantes et agressives, de jolis rushs et de sauts qui raviront la majorité des pêcheurs, mais pour avoir plus de chances de le trouver, il vous faudra faire l’effort de dénicher des zones d’eau propres et fortement oxygénées avec un courant lent à moyen même si il peut aussi être présent dans certains lacs. Préparez vous donc à une prospection un peu plus fine que la normale, mais il faut bien ça pour mériter la rencontre avec ce renégat des rivières !

Vous le trouverez principalement posté près des piliers de ponts, des structures rocheuses et autres zones de dépression telles que les ilots et les petits barrages. Il s’agit d’un poisson qui sait très bien se servir du courant pour se défendre lors de combats qui au final cependant, resteront assez courts; dommage…

L’aspe se nourrissant en général à partir du coucher du soleil, vous aurez donc par ailleurs plus de chance de le rencontrer en début de soirée. il s’agit d’un poisson mobile et actif: si vous n’obtenez pas de signes de sa présence rapidement, changez de spot et surtout favorisez les zones dépressionnaires, là où le courant faible rencontre un courant plus fort, avec des turbulences.

La touche est toujours fulgurante et soudaine qu’elle soit le résultat d’un suivi ou d’une attaque déclenchée à peine après le contact du leurre avec l’eau.

Attention cependant: il s’agit d’un poisson plus fragile que la plupart des carnassiers et qui nécessite donc une manipulation courte et précautionneuse.

Fun fact : en plus d’être le badass du monde de la blanchaille, l’aspe a aussi la peau dure et peut vivre jusqu’à l’âge vénérable de 15 ans. Pas mal papy !

Et le matos ?

Côté matériel, une tige plutôt longue (2.50 à 2.80m), avec une action de type medium-fast, fast or ultra-fast fera votre bonheur, en 7-28 voire 14-40gr si vous souhaitez pêcher loin. Pour l’accompagner, un bon moulin en 3000 est la solution mais gardez en tête que l’aspe est un poisson qui aime la vitesse, privilégiez donc un ratio élevé afin d’être en mesure de ramener rapidement.

Pour ce qui est de la ligne, une tresse de qualité en 8 brins située entre 16/100 et 18/100 sera efficace, si possible couplée à un bas de ligne en fluorocarbone assez long et discret, entre 24/100 et 30/100.

Il s’agit d’un poisson très sensible aux animations à la cuillère ondulante et aux lames vibrantes. Dans ce cas précis, favorisez des modèles brillants métallisés, fortement réfléchissants que vous ramènerez en linéaire sans pauses. Le twitching et le jerking sont possibles de manière fine mais encore une fois: ne marquez pas de pause.
Des poppers et stickbaits de taille respectable (5 à 10cm) seront aussi efficaces, ainsi que des jerkbaits minnow d’une douzaine de centimètres. Le jerkbait vous permettra de prospecter sous la surface plus efficacement. Privilégiez des modèles plutôt lourds, que vous pourrez remonter rapidement sans casser la nage. Pour ces derniers, favorisez par ailleurs le blanc ou les couleurs naturelles.

Au final, l’aspe est un poisson que tout pêcheur curieux se doit d’ajouter à son palmarès. Nul doute que ses attributs atypiques lui assureront un succès grandissant à l’avenir.

Jérôme

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